Jacques Majorelle : le peintre explorateur

Jacques Majorelle : le peintre explorateur

Souvent confondu avec son illustre père, ce Lorrain peu connu en France reste, quarante ans après sa mort, une éminente personnalité de Marrakech. Issu d’une famille d’artistes, Jacques Majorelle (1886-1962) naît l’année où Bartholdi sculpte la célèbre « Liberté éclairant le monde » … Son enfance et son adolescence baignent dans le climat de l’Art nouveau à Nancy, foyer majeur de cette tendance artistique. Héritier de l’entreprise familiale de faïencerie, son père Louis Majorelle (1859-1926), formé à la peinture aux Beaux-arts de Paris, est un célèbre ébéniste. De l’ébénisterie de luxe à la fabrication de meubles en série, Louis et son frère réussiront à incarner l’esprit 1900:le beau en série, la vision unitaire de l’art – architecture et mobilier dans le même style l’inspiration végétale d’une nature omniprésente.
Mais, les frères Majorelle sont loin d’être seuls: les frères Daum, Victor Prouvé, illustrent cette école de Nancy fondée par René Lalique et Emile Gallé, décorateurs et poètes. Ebénistes et maîtres verriers de Nancy triomphent lors de l’Exposition universelle de 1889. Le jeune Jacques Majorelle trouve dans les relations paternelles l’occasion de nombreux échanges avec des artistes: de quelle plus belle formation rêver?
Guidé par les amis de son père, il entre aux Beaux-arts de Nancy en 1901, avant dé fréquenter l’Académie Julian à Paris. Deux toiles de 1908 marquent cette période: Un portrait de son père (1908), plein d’admiration pour l’artiste, représente Louis dans sa blouse blanche d’atelier, une pomme de pin dans une main, des crayons dans l’autre, devant un grand dessin; « Le divan gris » (1908) un grand nu, très symboliste par l’immensité de la chevelure brune qui ruisselle dans la toile, annonce sa future période des nus féminins des années 30. Très tôt.jacques Majorelle manifeste un goût pour les voyages.

Des voyages formateurs

Des voyages formateurs

A cette époque, peindre face au paysage, « sur le motif », est devenu courant depuis les Impressionnistes: cette pratique pousse les artistes à planter leurs chevalets en pleine nature. La Bretagne inspire à Jacques Majorelle une étude sur des choux bretons, bleus, qui préfigure sa couleur de prédilection. Il reviendra au pays de Chateaubriand
L’Espagne, très prisée depuis le Romantisme, a inspiré de nombreuses œuvres à Prosper Mérimée, Edouard Manet, à Georges Bizet, au XIXéme siècle. Cet attrait se manifeste encore chez les musiciens du début du XXéme siècle, mais en ce qui concerne Majorelle, ce sont avant tout des raisons de santé qui sont à l’origine de ce séjour: il fuit l’humidité du climat lorrain.

Dès lors, ses déplacements se feront vers le sud, Méditerranée et continent africain. Lors de son séjour italien, il rompt avec l’habituelle représentation des lieux célèbres pour privilégier une vision personnelle: à Venise, il préfère les silhouettes féminines, les diagonales de linge qui sèche sur les longs fils de « La lessive » (1909) à la place Saint-Marc.Tons vifs très proches de la peinture fauve, simplification des formes silhouettées s’esquissent à Venise. Entre 1910et 1914,Majorelle, peut-être mû par l’attrait du climat, se rend à trois reprises en Egypte et remonte le Nil. Les couchers de soleil abondants, les paysages de Louxor et de Karnak et les constructions éclairées par de violents contrastes l’éblouissent. Une exposi¬tion de ses œuvres a lieu au Caire. Majorelle a trouvé sa voie: une approche person¬nelle de l’Orient, loin de l’Orient rêvé.A défaut de partir en Tunisie pendant la . guerre, Majorelle séjourne dans le sud de la France. Comme Vincent Van Gogh en son temps, il est fasciné par la végétation composée de tamaris et de mimosas. Recommandé par un ami qui écrit à Lyautey, Jacques Majorelle débarque à Tanger, six ans après Matisse.