Etudier au Maroc ou à l’étranger pour les marocains

Etudier au Maroc ou à l’étranger pour les marocains

Un grand soupir de soulagement a été poussé par de nombreuses familles, dont le (ou les) rejeton(s), ont décroché le Baccalauréat. Une bonne chose est faite, mais c’est alors un véritable parcours du combattant qui commence.
On dit du Bac que «c’est un diplôme important…mais qui ne sert à rien » … du moins pas à grand chose, si l’on compte se lancer de suite dans la vie professionnelle. Une fois ce diplôme acquis, les choses sérieuses commencent: quelle branche choisir? Où étudier? Dans le privé ou le public? Au Maroc ou à l’étranger ? Autant de questions vitales auxquelles il s’agit de répondre rapidement, (les délais sont en générai assez courts), en tenant compte de plusieurs impératifs, (moyenne obtenue, possibilités du budget familial, durée des études …).
Nous avons pour notre part choisi d’analyser la différence entre des études au pays, ou une formation à l’étranger.

Commençons par le cas de l’étudiant qui désire poursuivre ses études supérieures au Maroc : et d’abord une bonne nouvelle: toutes les filières et cursus sont désormais disponibles sur place et dispensent un enseignement de qualité: entre commerce, tourisme, économie, communication, journalisme ou recherche scientifique l’étudiant n’aura que l’embarras du choix. Après une formation généraliste de trois ou quatre ans, la plupart des écoles/instituts supérieurs et des facultés, proposent de poursuivre la formation en Europe ou au Canada. Des accords de coopération, de jumelage ou de collaboration ont été conclus avec de nombreuses écoles ou universités prestigieuses afin de favoriser les échanges d’étudiants et de compléter les formations par un croisement de l’enseignement prodigué. (On trouve ainsi La Sorbonne, La London School of economy, ou l’Université de Sherbrooke, pour ne citer qu’elles.) A côté de ces possibilités, le fait de rester sur place au pays présente d’indéniables, avantages pratiques et matériels : d’abord’ l’aide familiale et son soutien financier sont plus faciles: sur place les besoins sont moindres, le coût des études est abordable, le logement familial est assuré, les formalités administratives sont souples, la langue est maîtrisée ainsi que les aspects quotidiens de la vie courante, (transports, sorties, alimentation etc.) mais à coté de ces avantages essentiels, il y a de nombreux cotés qui demeurent négatifs, et qui incitent nombre de jeunes à aller étudier en dehors de nos frontières : et d’abord il faut bien constater que malgré les efforts consentis en la matière, et bien que les établissements consacrent des budgets de plus en plus élevés pour l’acquisition de matériels de pointe, les étudiants relèvent certaines carences de ce coté là : il est vrai qu’un campus européen (ou nord américain) n’a absolument aucun point commun avec un campus marocaine. Si ce n’est le nom). A coté de cet aspect matériel, se greffe le sentiment que le système éducatif national, fût-il en progrès constant, n’est toujours pas assez compétitif, et n’offre pas vraiment, ultérieurement de garanties pour trouver un emploi.

De plus, selon le Professeur Belhaj, sociologue, «divers facteurs sociaux culturels ou économiques renforcent cette défiance, et alimentent des préjugés négatifs sur le système d’éducation et de formation proposé localement», et l’on constate de fait, que la plupart des lycéens marocains ont suivi une instruction en langue arabe, qui les rend bien mal outillés pour poursuivre des formations pointues qui réclament une parfaite maîtrise des langues étrangères.
Enfin les débouchés demeurent limités, sauf pour les meilleurs, qui pourront intégrer une école supérieure occidentale pour parfaire ou peaufiner un cursus.

Les jeunes marocains qui étudient à l’étranger

Les jeunes qui étudient à l’étranger

A côté de ceux qui restent au Maroc, nombreux sont les jeunes qui préfèrent s’expatrier au moment d’entamer des études supérieures. Pourquoi ce choix, que cherchent-ils, et d’où leur vient cette certitude que la formation locale laisse à désirer? En fait, leur décision a souvent été mûrement réfléchie depuis belle lurette, et obéit à des considérations précises, comme le fait de se prendre en charge en s’éloignant du cocon familial, acquérir de nouvelles expériences, se confronter à ‘des difficultés inhabituelles, apprendre d’autres langues ou encore décrocher un diplôme d’envergure internationale. Ils cherchent donc à profiter également d’une certaine aisance matérielle de leur famille, qui déjà a contribué à ce choix, in fine en inscrivant leurs enfants encore jeunes auprès d’établissements scolaires de type « mission », où les enfants sont pré formatés, et préparés à s’expatrier aussitôt le bac en poche.
Il est vrai que, question formation et excellence, la réputation d’établissements comme Polytechnique, Ponts et Chaussées, H.E.C ou Sciences Po/Paris n’est plus à faire.

En résumé, on peut constater que suivre des études à l’étranger, permet de fréquenter des écoles ou universités de très haut niveau, dotées d’équipements sophistiqués, (laboratoires, centres d’essai, bibliothèques et qui dispensent un enseignement de qualité. De plus au sortir de ces facultés et instituts, les débouchés professionnels sont assurés et donc la certitude d’avoir un bon emploi, doté d’une rémunération conséquente. Enfin tout cela permet aux jeunes marocains d’avoir une ouverture sur le monde moderne, qui les rendra optes à participer au développement futur de leur pays. Autant d’avantages qui valent bien les efforts consentis par la famille : procédures de visa longues, fastidieuses et complexes, nécessité de provisionner un compte bancaire en devises, prévoir des virements conséquents et réguliers, coût de la vie élevé en Europe … sans parler de l’éloignement de l’enfant de 18 ans, à peine sorti de l’adolescence!

Mais en définitive, force est d’admettre que les deux choix ont leurs avantages et leurs inconvénients ; l’histoire marocaine a prouvé que l’on pouvait réussir des carrières fulgurantes et brillantes, après avoir décroché tous ses diplômes au Maroc ; (les exemples abondent, dans tous les domaines, droit, sciences ou culture). On a de même constaté que le brassage des deux genres, le local et l’expatrié, aboutissait à une complémentarité très positive au niveau des prises de décision, chacun bénéficiant de l’apport et de l’expérience de l’autre.
On en conclura donc que tout dépend de la situation familiale, des antécédents scolaires et de l’ambition affichée, (tout en notant que, statistiquement parlant, une majorité de jeunes marocains qui n’ont pas eu les moyens d’étudier à l’étranger, forment aujourd’hui l’ossature du Maroc en marche : ingénieurs de l’Ecole Hassania qui ont réalisé l’autoroute Casa Marrakech, ou le Port TangerMed, cadres de l’ENAP, lauréats des facs de droit ou de médecine). Ce qui implique que malgré les critiques, le système éducatif national, s’il est encore perfectible, n’est pas si négatif qu’on le dit!

Jacques Majorelle : le peintre explorateur

Jacques Majorelle : le peintre explorateur

Souvent confondu avec son illustre père, ce Lorrain peu connu en France reste, quarante ans après sa mort, une éminente personnalité de Marrakech. Issu d’une famille d’artistes, Jacques Majorelle (1886-1962) naît l’année où Bartholdi sculpte la célèbre « Liberté éclairant le monde » … Son enfance et son adolescence baignent dans le climat de l’Art nouveau à Nancy, foyer majeur de cette tendance artistique. Héritier de l’entreprise familiale de faïencerie, son père Louis Majorelle (1859-1926), formé à la peinture aux Beaux-arts de Paris, est un célèbre ébéniste. De l’ébénisterie de luxe à la fabrication de meubles en série, Louis et son frère réussiront à incarner l’esprit 1900:le beau en série, la vision unitaire de l’art – architecture et mobilier dans le même style l’inspiration végétale d’une nature omniprésente.
Mais, les frères Majorelle sont loin d’être seuls: les frères Daum, Victor Prouvé, illustrent cette école de Nancy fondée par René Lalique et Emile Gallé, décorateurs et poètes. Ebénistes et maîtres verriers de Nancy triomphent lors de l’Exposition universelle de 1889. Le jeune Jacques Majorelle trouve dans les relations paternelles l’occasion de nombreux échanges avec des artistes: de quelle plus belle formation rêver?
Guidé par les amis de son père, il entre aux Beaux-arts de Nancy en 1901, avant dé fréquenter l’Académie Julian à Paris. Deux toiles de 1908 marquent cette période: Un portrait de son père (1908), plein d’admiration pour l’artiste, représente Louis dans sa blouse blanche d’atelier, une pomme de pin dans une main, des crayons dans l’autre, devant un grand dessin; « Le divan gris » (1908) un grand nu, très symboliste par l’immensité de la chevelure brune qui ruisselle dans la toile, annonce sa future période des nus féminins des années 30. Très tôt.jacques Majorelle manifeste un goût pour les voyages.

Des voyages formateurs

Des voyages formateurs

A cette époque, peindre face au paysage, « sur le motif », est devenu courant depuis les Impressionnistes: cette pratique pousse les artistes à planter leurs chevalets en pleine nature. La Bretagne inspire à Jacques Majorelle une étude sur des choux bretons, bleus, qui préfigure sa couleur de prédilection. Il reviendra au pays de Chateaubriand
L’Espagne, très prisée depuis le Romantisme, a inspiré de nombreuses œuvres à Prosper Mérimée, Edouard Manet, à Georges Bizet, au XIXéme siècle. Cet attrait se manifeste encore chez les musiciens du début du XXéme siècle, mais en ce qui concerne Majorelle, ce sont avant tout des raisons de santé qui sont à l’origine de ce séjour: il fuit l’humidité du climat lorrain.

Dès lors, ses déplacements se feront vers le sud, Méditerranée et continent africain. Lors de son séjour italien, il rompt avec l’habituelle représentation des lieux célèbres pour privilégier une vision personnelle: à Venise, il préfère les silhouettes féminines, les diagonales de linge qui sèche sur les longs fils de « La lessive » (1909) à la place Saint-Marc.Tons vifs très proches de la peinture fauve, simplification des formes silhouettées s’esquissent à Venise. Entre 1910et 1914,Majorelle, peut-être mû par l’attrait du climat, se rend à trois reprises en Egypte et remonte le Nil. Les couchers de soleil abondants, les paysages de Louxor et de Karnak et les constructions éclairées par de violents contrastes l’éblouissent. Une exposi¬tion de ses œuvres a lieu au Caire. Majorelle a trouvé sa voie: une approche person¬nelle de l’Orient, loin de l’Orient rêvé.A défaut de partir en Tunisie pendant la . guerre, Majorelle séjourne dans le sud de la France. Comme Vincent Van Gogh en son temps, il est fasciné par la végétation composée de tamaris et de mimosas. Recommandé par un ami qui écrit à Lyautey, Jacques Majorelle débarque à Tanger, six ans après Matisse.

Au Maroc, une seconde vie

Au Maroc, une seconde vie

Ville très accessible aux visiteurs qui arrivent en bateau, Tanger va séduire Majorelle sans toutefois le retenir. Le climat humide des bords de mer le conduit à s’installer plus loin.Tanger, Rabat, Fès et Casablanca seront pour lui des villes de passage, d’exposition, mais « comme le Maroc reste le plus beau pays du monde », comme il l’écrira plus tard, il s’installe rapidement à Marrakech.Il trouve une demeure dans la médina et fréquente les plus éminentes personnalités de la ville. Observateur attentif de la vie des souks, il capte les couleurs, les grouillements de la vie quotidienne, les parfums et les sons: foules, teinturiers, savetiers, et autres métiers retiennent son regard. Les teintes douces des heures matinales, les violentes alternance d’ombre et de lumière si caractéristiques des souks se retrouvent dans ses toiles. Au-delà de cette vie urbaine, Majorelle se lance à plusieurs reprises dans des expéditions au cœur de l’Atlas. Les djellabas rayées des Berbères, les burnous des montagnards, la poussière de la montagne, la sobre géométrie des constructions en terre, leur « cubisme » lui inspirent de nombreuses huiles, gouaches ou aquarelles. « Souk el Khemis » (1920), »Souk des pois chiches » (1921) rappellent les harmonies de Franz Marc ou de Wassili Kandisky d’avant-guerre. Les silhouettes d’une foule sont obtenues par de larges touches qui jouent sur les contrastes entre le blanc et le noir…
Majorelle ne peut être considéré comme un touriste, même si sa situation et son aisance matérielle font de lui un privilégié: en 1922, il reste quatre mois dans le sud et organise plusieurs explorations qui lui vaudront sa Légion d’Honneur. Combinant tous les arts du livre, il publie en 1930 un luxueux « Album des Kasbahs de l’Atlas ». Les Kasbahs deviennent l’équivalent de la cathédrale de Rouen pour Claude Monet: un thème abordé sous tous les angles, un sujet qu’il traite librement sans volonté descriptive.
Il approfondit les mêmes thèmes, estimant nécessaire d’avoir vécu longtemps dans un lieu pour être capable de le comprendre: le Maroc du sud va occuper une grande partie de son existence. La liberté de la vie montagnarde semble séduire celui qui aurait pu se contenter d’une vie mondaine dans l’entourage de Lyautey, l’un des acquéreurs de ses œuvres.

A la fin des années 20, il combine plusieurs techniques de gouache rehaussées de métal. Dans « Irounen, le village abandonné », ou « Le Souk des tapis », les formes des constructions ou des humains sont plus cernées, ce qui rappelle les plombs d’un vitrail stylisé « Art Déco ». Il utilise aussi la poudre de métal, technique peut-être empruntée à l’ébénisterie.
Majorelle réalise des affiches, afin de promouvoir le Maroc comme destination touristique: évocations poétiques où l’on peut voir un bestiaire caractéristique, d’abondants végétaux (magnifique stylisation des palmiers de l’affiche « Le Maroc par Marseille ») des kasbahs, et des hommes. Sensible à la beauté dans laquelle il a vécu depuis l’enfance, il quête le vrai: le Maroc satisfait cette recherche.
C’est en tant qu’artiste décorateur qu’il participera à l’exposition des Arts décoratifs de Paris en 1925. L’année précédente, Majorelle avait réalisé certains éléments de la décoration du tout nouvel hôtel de la Mamounia à Marrakech.
Poussant plus loin sa curiosité pour le sud et le continent africain, il réalisera un rêve d’enfance entre 1945 et 1952: découvrir le Soudan, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Niger et le Sénégal. De là naîtra toute la série des nus féminins noirs, où il utilise sa technique mixte de gouache sur papier, comportant des rehauts métalliques. Dattiers, bananiers, entourent ses nus d’exotisme … Il faut dire que le pagne de bananes de Joséphine Baker, arboré avec le talent que l’on sait pour « La Revue nègre » en 1925, a beaucoup fait rêver.
Artiste aux talents multiples, Jacques Majorelle revient toujours dans le havre de paix qu’il a fait construire en bordure de palmeraie de Marrakech à partir de 1923. De nos jours, les Jardins Majorelle se visitent toujours. Ils ne sont toutefois qu’une petite partie de l’ensemble.

A Marrakech, le jardin enchanté

A Marrakech, le jardin enchanté

Majorelle agrandira sa propriété dont le nom lui est soufflé par la végétation qu’il trouve en arrivant: Bou safsaf (les peupliers). Sa somptueuse résidence principale (actuelle propriété du couturier Yves Saint-Laurent et de Pierre Bergé) est conçue dans le style des palais de Marrakech: sobriété des murs, arcades, omniprésence de l’eau, de la végétation. En 1931, il confie la construction de sa villa atelier à l’architecte Paul Sinoir: l’esprit de cette maison rappelle étrangement la sobre élégance des œuvres du grand architecte Robert Mallet-Stevens. « Combien d’heures peut-on se nourrir de la contemplation d’un jardin prisonnier, et d’une arabesque de fer fin sur un champ de feuillage ? » Comme pour répondre aux propos de Colette, séduite elle aussi par Marrakech, Majorelle se lance dans la création d’un jardin botanique que n’aurait pas désavoué son père. Les plantes vont affluer du monde entier: innombrables variétés de cactus, yuccas, bougainvillées, citronniers, bananiers, nénuphars, jasmin. Singes, poissons, oiseaux peuplent alors ce lieu, peut-être conçu avec une nostalgie du Paradis perdu ou d’une forêt exotique. Kiosque et murets des bassins sont d’agréables lieux de repos pour mieux profiter des senteurs, du concert improvisé par les oiseaux et du calme du lieu. Une partie de sa fortune passe dans la réalisation de ce jardin qu’il ouvrira au public vers la fin de sa vie. Ce qui frappe, c’est évidemment la puissance du bleu de la villa, le fameux « bleu Majorelle », qui précède de deux décennies le « bleu Klein », mais rappelons que la villa n’a été peinte qu’en 1937. Il est raisonnable de penser que cette teinte lui a été inspirée par le bleu des zelliges. Quant au vert, il est dû à la luxuriante végétation. Yves Saint-Laurent a fait restaurer ce jardin, devenu le lieu touristique de Marrakech. Toujours présent dans cette ville qu’il aimait, Jacques Majorelle nous laisse un espace où culture, tourisme et art se rejoignent.